Un jour, je discutais simplement avec une connaissance femme. Elle vient d’Algérie.
Je lui parlais de ce que j’aimerais mettre en place pour approfondir ma relation avec Allah : plus de constance, plus de discipline, plus de présence intérieure.Elle m’a regardée, un peu amusée, et m’a répondu :
« C’est un truc de vieux ça. Profite. En plus, on est en France. »Cette phrase m’a frappée plus que je ne l’aurais cru.
Pas parce qu’elle m’a blessée, mais parce qu’elle a mis des mots sur un fossé que je ressentais déjà.
Ces derniers temps, je me rends compte d’une chose : je vais trop loin dans la spiritualité pour continuer à faire semblant.
Trop loin dans la religion, trop loin dans la recherche de sens, trop loin pour rester confortable dans un environnement qui ne me ressemble plus.
Je ne comprends plus ce qui se passe autour de moi, en France. Tout semble tourner autour du confort, de l’argent, de la légèreté, du “profiter”. Et plus j’avance dans ma foi, plus ce décalage devient douloureux.
Ce qui me trouble le plus, ce n’est même pas la distance avec les non-musulmans. C’est le regard moqueur, parfois méprisant, de certaines personnes venues de pays musulmans.
Des femmes qui ont grandi dans un environnement où l’islam était la norme, et qui aujourd’hui, plus rien lorsqu’on parle d’actes religieux, de pudeur, de spiritualité. Comme si croire sérieusement était ringard, excessif, presque ridicule.
J’ai parfois l’impression que chercher Dieu sincèrement dérange plus que de tout abandonner au confort. Comme si choisir la foi était un refus du confort facile et de la dunya.
Je ne dis pas que je suis meilleure. Je dis juste que je ne cherche plus la même chose.
Moi, je veux une vie structurée par la spiritualité, pas une spiritualité coincée entre deux plaisirs.
Alors oui, je partirai. AU PLUS VITE.
Pas parce qu’un pays musulman est parfait — je sais qu’il ne l’est pas — mais parce que j’ai besoin d’un environnement qui ne se moque pas de ce que je tiens pour sacré.
« C’est un truc de vieux ça. Profite. En plus, on est en France. »
« C’est un truc de vieux »
Cette première partie m’a frappée.
Comme si se rapprocher de Dieu était une fin de parcours, quelque chose qu’on repousse à plus tard, quand la vie serait déjà consommée.
Comme si se rapprocher de Dieu était une activité réservée à ceux qui ont déjà “bien vécu”, déjà profité, déjà consommé le monde.
Pourquoi remettre Dieu à plus tard ?
Pourquoi attendre d’être fatiguée de la vie pour chercher du sens ?
Pourquoi faudrait-il d’abord se perdre avant de se retrouver ?
Pour moi, la foi n’est pas un ralentissement.
Elle est une direction.
« Profite »
Profite.
Ce mot revient sans cesse. Presque une obligation morale et sociétale.
Mais profiter de quoi exactement ?
D’un plaisir immédiat ?
D’une liberté sans cadre ?
D’une vie remplie mais rarement habitée ?
Je ne rejette pas la joie ni le plaisir.
Mais je refuse qu’ils deviennent l’axe central de l’existence.
La spiritualité n’est pas l’ennemie de la vie.
Elle lui donne une profondeur. On peut s’amuser et être joyeux tout en étant dans un chemin spirituel profond avec Allah.
« En plus, on est en France »
Cette dernière partie est peut-être la plus révélatrice.
Comme si le lieu justifiait tout.
Comme si être en France excusait l’abandon de sa religion.
Comme si la foi devait s’adapter au territoire jusqu’à disparaître.
J’ai compris à ce moment-là que pour certains, la religion est contextuelle. Optionnelle. Modulable selon le confort voulu.
Mais pour moi, elle me structure ma vie.
Elle ne dépend pas du pays.
Elle dépend du cœur.
À ce moment-là, j’ai compris une chose :
je ne vais pas “trop loin” dans la religion.
Je vais juste à contre-courant.
Ce qui est vu comme excessif aujourd’hui, c’est peut-être simplement le fait de prendre sa foi au sérieux.
Moi, je ne veux pas d’une spiritualité qu’on range dans un tiroir jusqu’à la vieillesse.
Je ne veux pas attendre d’être fatiguée de la vie pour me tourner vers Dieu.
Et si cela me met en décalage, alors j’accepte ce décalage.
Ce jour-là, je n’ai pas argumenté.
Je n’ai pas cherché à convaincre.
J’ai juste compris que nos chemins n’étaient plus les mêmes.
Et parfois, comprendre ça suffit pour savoir qu’il est temps de partir.
Mais entre la prise de conscience et la hijra, il y a un temps long. Un temps parfois lourd. Un temps où il faut continuer à vivre là où l’on ne se sent déjà plus chez soi… Alors comment tenir ?

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